Finies les vacances et la décontraction touristique montréalaise, nous sommes ici pour un but bien précis : l'accès aux ouvrages sur la littérature québécoise. C'est donc ce matin, avec une intense motivation, que nous avons décidé d'aller rafler quelques livres à la fameuse BLSH de notre université. Une nouvelle fois, je ne peux m'empêcher d'être surprise par le gigantisme qui frappe ce continent. J'avais aimé la bibliothèque Ascoli à la Sorbonne, son odeur de vieux livre, les étagères grimpant jusqu'au plafond et dotées d'échelles pour accéder aux ouvrages relégués en hauteur. On y était bien à Ascoli, avec son plancher qui craque et ses couleurs mordorées. Changement de décor, ici le béton et les briques rouges sont de rigueur, des ascenseurs nous emmènent jusqu'au 7ème étage, étage de la littérature française et canadienne. Je ne peux m'empêcher de me pencher dans le puits que forme la bibliothèque. De tout en haut, les fauteuils de l'accueil semblent écrasés et leur disposition n'a aucun sens. Cela me rappelle un mauvais film avec Nicolas Cage dans lequel les Anges ont élu résidence dans la bibliothèque municipale de Los Angeles. Eux aussi s'accoudent aux balustrades pour regarder l'entrée de la bibliothèque, tout en bas. Bref...
Sur un ordinateur, nous cherchons les cotes des livres désirés. Claire trouve même un ouvrage signé de la main de son maître Jedi, Daniel Compère. Une fois les cotes trouvées, il s'agit de déterminer à quel étage nous avons le plus de chances de trouver lesdits ouvrages. Je slalome dans les longues files de livres qui semblent s'éterniser à chacun de mes pas. Je trouve enfin le code de la victoire "PS 8477 E4", après avoir douloureusement parcouru plusieurs étages et sûrement plusieurs kilomètres d'étagères très fournies. Le résultat est là, les voilà, ils sont là, ces livres tant désirés et attendus, introuvables en France, mes perles sur Emile Nelligan. Hâtivement, je les retire de leur cocon les uns après les autres, parcourant les quatrièmes de couverture, essayant de retrouver les noms des essayistes dont j'avais déjà lu les articles dans le Colloque pour les 50 ans de la mort du poète. Goulûment, j'empile les livres sur mes genoux, en espérant profondément avoir le temps de tout lire, de tout comprendre, de tout apprendre. Un vrai "rat de bibliothèque" selon Claire, qui de son côté parcourt ses propres étagères à la recherche du roman parfait et de l'essai miraculeux qui éclairciront les "mystères" de son futur mémoire. En apprenant que les étudiants en maîtrise sont autorisés à emprunter vingt ouvrages simultanément, je trépigne et empile frénétiquement de plus en plus de livres. Mais mes pauvres bras sans forces me rappellent que la maxime "mind over body" ne fonctionne pas toujours, et la sagesse de ma co-pilote me ramène à la raison.
Guillerettes, nous nous dirigeons vers le guichet pour emprunter nos livres avec notre toute nouvelle carte étudiante. Je me sens très intellectuelle en traversant mon campus à l'américaine, mes dix kilos de livres sous le bras. Il est clair que je n'appartiendrai jamais à la catégorie cheerleader. A la maison, je range mes livres par taille sur mon bureau récemment installé dans ma nouvelle chambre.
L'année commence bien.
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