« Ce qui me tue, dans l'écriture, c'est qu'elle est trop courte. Quand la phrase s'achève, que de choses sont restées au-dehors ! »
de J.M.G. Le Clézio
I wanna be a part of it, New York, New York. C'est comme un rêve qui devient réalité, comme si la géographie s'adaptait à vos envies et vous offrait le monde sur un plateau d'argent. La Grande Ville, j'allais la voir. J'allais l'engloutir, ville tentaculaire, et toute l'excitation du monde se concentrait dans mes veines. Tous ces rêves et ces attentes, ces idéaux forgés par tant de films, de récits et autres séries américaines juvéniles, ils allaient prendre forme. 9:00 pm, nous sommes dix jeunes français en exil à attendre le bus Greyhound qui nous emmènera de Montréal à la Grosse Pomme. Nous sommes le 25 décembre, il neige à gros flocons. La neige me met toujours en joie, j'y vois un bon présage. Embarquement, moteur, action. Mes paupières résistent, l'adrénaline empêche mon corps de se laisser aller. J'ai envie de tout voir, même de nuit, même sur ces autoroutes interminables qui relient les villes de ce territoire titanesque. Quelques heures plus tard, je la vois. Elle est là, elle brille. I wanna wake up in a city that doesn't sleep. Mon pied foule le sol new yorkais. Alicia Keys et Jay-Z enchantent mes oreilles. I'm in NYC, bitches. 5:00 am.
Embarqués par le leadership Cloé/Alison, nos jambes comprimées nous mènent au Brooklyn Bridge. Ces noms m'enchantent, je ne réalise toujours pas. « On est à New York, tu te rends compte ? A NEW YORK ! ». Nos instincts artistiques s'éveillent, au son des cliquetis et des grognements qui accompagnent le cliché insatisfait, New York s'éveille sous nos yeux.

DAY ONE
Au rythme du lever du soleil, la fine équipe brinquebale ses corps fatigués sur Brooklyn Heights. Rien ne peut préparer à la vision d'un lever de soleil sur Manhattan. Montréal me semble tellement petite, comme retourner à Nancy après avoir vécu à Paris. Les reflets du soleil scintillent sur les immeubles rutilants. Un camaïeu d'oranges et de rouges contrastent avec le bleu du ciel. L'Empire State Building domine les gratte-ciels, un trou béant laisse deviner l'absence des Twin Towers. Ma portée visuelle n'est pas assez grande pour deviner la fin de l'île. Je me noie, mes yeux se perdent, tout n'est qu'immensité. Le vent glace mes os, mon index droit peine à déclencher. Je ne peux m'arrêter, je dois tout capturer, before it slips away.

Après une petite heure de repos au chaud dans notre appartement de Brooklyn, nous repartons pour Manhattan, avec l'envie irrépressible de tout voir d'un coup, de saisir la ville dans son intégralité. Right through the very heart of it, New York, New York. Mes pieds foulent ces rues légendaires et interminables, 5th Avenue, Broadway, Madison. D'un côté, l'Empire State déroule ses parpaings jusqu'au ciel, de l'autre la 8th Avenue vomit cette multitude d'âmes humaines qui peuplent la ville. Il ne faut pas se perdre, jouer des coudes, ne pas se laisser engloutir par la marée humaine. Quel que soit l'endroit il semble qu'il y ait bien trop de corps pour permettre un déplacement arbitraire, mes muscles se tendent, mes os se broient, mes yeux cherchent un point de repère, qu'il est difficile de ne pas se laisser happer. Je pensais que Paris m'avait préparée, mais Paris est un village quand on arrive à New York. Nous rentrons broyés, les pieds meurtris. Le lit n'a jamais paru si accueillant. I fall asleep before my head hits the pillow.
DAY TWO
Le voyage sera touristique ou ne sera pas. City Pass en main, nous nous élevons dans les airs par l'ascenseur high-tech de Top of the Rock. Première vue de New York depuis les airs. D'un côté, Central Park, de l'autre, l'Empire State. Dans les airs, la ville est moins oppressante. Le tumulte colle à l'asphalte tandis que je me laisse contaminer par le goût des skylines américains. Qu'ils sont niais dans les photos Conforama d'1m sur 2 mais qu'ils sont chouettes quand vous les admirez. Ville chronophage, il est déjà tard, nous prenons la direction du MoMA. Mes pieds endoloris m'empêchent de suivre la visite comme je le voudrais, mais mon cerveau est à même d'apprécier l'immensité et la diversité du musée. Toutes les périodes se mélangent en un seul bâtiment, beaucoup de nos peintres européens sont exposés. Alison virevolte d'un tableau à l'autre, révélant ses prédispositions à la critique artistique. Le groupe boit ses paroles, apprend, comprend, questionne. Nous trimballons notre groupe bien nombreux jusque Chinatown sous une pluie battante. Nous ne savions pas que le quartier bien connu serait le théâtre d'un de nos repas au restaurant les plus épiques.

DAY THREE
Toujours dans une optique touristique à faire tourner la tête aux asiatiques munis de leur plus beau réflex, nous nous rendons aujourd'hui au Port pour faire la croisière jusqu'à la Statue de la Liberté. Cloé et Alison ayant déjà profité de cette balade par le passé, elles décident de partir de leur côté. Et on les comprend. Trois heures de queue, quatre vagues dans le visage et une chanson dédicacée d'un Bob Marley sur le retour plus tard, nous voilà sur le pont du bateau. Mes camarades l'avaient pressenti, je sens monter en moi comme un élan lyrique et entonne joyeusement « My heart will go on », en espérant voir apparaître un cœur de l'océan, ou mieux, un Di Caprio transi d'amour. Mais non, déception. Le bateau se met en route, Jack, I'm flying ! Derrière nous, les buildings tendent leur bras d'acier vers un ciel lourd, devant nous, la mer nous offre ses vagues et ses promesses. On approche de la Statue, tout le monde pose niaisement pour avoir sa photo et pouvoir dire « j'y étais ». Cela semble tellement niais, de simplement penser à l'après sans profiter du moment présent, du vent qui fouette le visage, de cette statue tellement mythique, de cette ville que l'on ne peut s'empêcher d'aimer et d'enlacer. Nous débarquons sur la petite île pour voir de plus près sa célèbre habitante. Petite razzia capitaliste et consumériste dans la boutique de souvenirs, je ne peux tout de même pas repartir sans un mug ou un aimant New-York. Puis nous nous baladons, ou plutôt nous marchons en luttant contre le vent, ma jupe batifole en mode « toutes voiles dehors », des larmes s'écrasent sur mes joues. Antoine nous la joue photographe insatisfait et nous fait poser bien trop longtemps aux pieds verts de la Dame à la Flamme. La carte mémoire de nos appareils en prend encore pour son grade, la vue sur Manhattan est particulièrement belle aujourd'hui, des nuages denses surplombent la ville et l'alourdissent, même New York, si gigantesque soit elle, est soumise aux aléas de la nature. Nous reprenons le ferryboat.

De retour sur la terre ferme, nous nous baladons dans Manhattan. Nos pas nous mènent au Ground Zero, ce qui reste des Deux Tours. L'ambiance est bien particulière ici. Malgré un grand nombre de piétons, de touristes, et malgré les tentatives de rendre cet endroit commercial, le besoin des Etats-Unis de surfer économiquement sur la misère humaine qu'a connu cet endroit, il est irrémédiablement vide. A la fois, on s'étonne que deux bâtiments si grands puissent s'être tenu là, mais le vide dans le ciel, le vide entre ces immeubles qui défient les lois de la physique nous ramène à la réalité abrupte. Evidemment, on a fait un musée ici, un musée payant qui est supposé permettre de faire son travail de Mémoire. Les cafés, les magasins de luxe, les restaurants affluent autour de ce théâtre malsain, laissé en l'état. Difficile de ne pas être touché, difficile de ne rien ressentir. Malgré tout, on ne peut se représenter l'Horreur du moment. Tout autour du trou béant dans l'asphalte, les immeubles sont épargnés, neufs, peut être reconstruits. En me retournant, j'aperçois une façade qui semble avoir été soufflée, seule preuve physique mis à part le sol devant moi, que je peux seulement deviner puisqu'il est bien caché et surveillé par des policiers. La vision de cet endroit ne laisse pas notre esprit intact, certains sont touchés plus que d'autres.

Afin de nous redonner du baume au cœur, changement d'ambiance, direction Times Square. Tout ce que je connaissais avant, toutes mes grandes certitudes, effacées par ce moment où, en pleine nuit, je sors dans une rue assez illuminée pour me croire en plein jour. Il n'y a pas assez de place pour respirer, je serre contre moi mon sac et mon appareil photo, je me cramponne au bras d'Alison qui me guide afin que je puisse abandonner mes yeux au ciel. Tout brille, tout scintille, tout n'est que lumières, explosion de couleurs. Les images fixes se mêlent aux écrans diffusant des bandes annonces ou des publicités. Un grand écran retransmet l'image de la webcam. Comme tous les touristes présents, nous faisons « coucou à la caméra » en nous auto-regardant. Hystérie collective, régression, oubli du temple de l'Horreur que nous venons de voir, lobotomisation. Times Square nous illumine les pupilles, nous fait clignoter les neurones et déconnecte notre cerveau. Centre nerveux du monde, du capitalisme, de la consommation. Ils sont tous là, Disney Store, M&M's, Levi's, Broadway, Hard Rock Café, il n'y a pas assez d'yeux dans le monde pour saisir l'image globale de cet endroit incroyable. Les scènes du concert du New Years Eve se mettent en place, sponsorisé par Nivea. Tout a plus de relief ici, même le fameux bleu/blanc de Nivea n'a pas la même profondeur que sur mon pot de crème. Après un temps de repos sur les marches rouges lumineuses en plein centre des lumières, nous nous redirigeons vers le métro. Douleur, fatigue, lassitude : il est temps de rentrer.
DAY FOUR
Aujourd'hui encore, du grand New York à épuiser, nous creusons les ressources infinies de la ville. Allons à l'évidence : Central Park suivi de la visite à l'Empire State. Nous remontons la 5th Avenue à pied, jetons un coup d'oeil envieux aux boutiques de luxe qui la jalonnent. Arrêt shopping à Tiffany's pour les plus mordus d'entre nous. Nul doute qu'ici la crise est un mot inconnu au bataillon. Ascenseurs avec stewart, moquette molletonneuse, vitrines impeccables, moulures en bois mordoré. Le luxe a un goût bien amer quand il ne nous est pas destiné.
La petite boîte bleue enrubannée de blanc en notre possession, nous reprenons notre marche initiale : la remontée vers Central Park, ce parc si étrange, immense et verdoyant au milieu de l'île la plus urbanisée du monde. Les arbres dont les branches dansent, embrassées par le vent, narguent les immeubles immuables. Le contraste est frappant, la liberté provoquante des arbres semble enraciner encore plus les buildings qui entourent le parc dans une immobilité irrémédiable (appréciez l'allitération).
Premiers pas dans le parc, rencontre bucolique des calèches de chevaux allant du blanc le plus pur au rose le plus barbiesque. Sur le papier, elle sonnait bien cette balade en calèche à Central Park. Après rencontre, elle me donne juste envie de me pendre aux branches des arbres. Les tarifs pratiqués sont aberrants, sans parler de l'air stupide affiché sur les visages des pauvres gens grimpés dans ces maudites calèches. C'est comme si j'entendais la voix du Père (le mien, pas l'universel) me dire « C'est vraiment un truc d'attrape-couillons, allez viens, on va faire une balade de six heures en escaladant des rochers, t'as pris ton piolet et ton short beige Decathlon ? ». Fuyons donc, et sans notre short Decathlon, allons profiter de la vue depuis le rocher qui surplombe un petit lac et son pont mignon.
Cliquetis, cliquetis. Nous continuons à nous balader, passons à travers le zoo, mangeons un célèbre Bretzel dans les boutiques ambulantes. Il fait bon, le soleil dore nos visages, le parc est apaisant. C'est calme ici, comme une bulle à part au sein de l'agitation urbaine. Etrange, appréciable. Un moment de répit offert à la vie new yorkaise. Nous éclatons la bulle, direction Empire State Building.
Il est grand. Oui, très grand. A s'en démettre la nuque, à s'en abimer les yeux, à croire qu'il peut toucher les nuages, le ciel, le Paradis et même Dieu. Puis peu à peu, je baisse les yeux. Si je m'amusais à empiler les gens qui attendent de rentrer dans le bâtiment parallèlement à celui-ci, j'obtiendrais probablement une pile humaine équivalente à la hauteur du building. Ce monde m'agresse, m'attaque, j'aimerais faire croire à la bombe pour qu'ils s'enfuient tous, mais ce serait vraiment de mauvais goût. Malgré tout, en bons moutons prêts à perdre du temps, nous faisons la queue. On a du m'entendre dans une dimension parallèle, la queue avance vite. Enfin, « vite ». Trois heures réelles plus tard, nous sommes dans l'ascenseur pour atteindre le sommet. Pile pour le coucher de soleil, il y a donc un Dieu. Je joue des coudes pour m'approcher du bord afin de prendre une photo potable du soleil qui se couche derrière les immeubles, prêt à disparaître du bord de mon bout de planète. Un parasite avec un réflex plus beau que le mien monopolise l'espace, je soupire, je m'énerve, je me retiens de lui donner des coups de pied à lui et à son stupide réflex à 3000€. Quand il se décide finalement à dégager, alors que je m'apprêtais à lui cracher dans les cheveux, le soleil scintille de ses derniers rayons. Je n'ai pas le temps de faire mes réglages et capture un coucher de soleil à 1600 ISO, merci le grain, merci le parasite, j'espère que tu mourras dans d'atroces souffrances. Je change de côté, puis trouve un plan magnifique sur New York. A ma droite, le Chrysler Building et son toit à paillettes, à ma gauche Times Square et ses lumières infinies. Je profite de cette période magique que j'aime tant, entre chien et loup, le monde a tellement plus de significations. Les lumières s'allument au fur et à mesure, les unes à la suite des autres, mes photos ressemblent à la barre de couleur de témoin du Ph. Jolie gradation. Le ciel s'assombrit, la ville s'illumine. A moi les droits sur les posters Conforama. Pendant que je ne lâche pas mon poste, Claire assiste à une demande en mariage. Eh oui, in the top of the Empire State Building, dreams happen.

DAY FIVE
Journée un peu off en ce cinquième jour new-yorkais, malgré tout lever à 5:00 am pour aller voir le lever de soleil depuis une berge du Queens. Les cils intégrés dans les yeux, nous prenons les trains de banlieue pour arriver dans un quartier défavorisé. C'est un peu notre « hors-piste » new-yorkais à nous. Direction une petite plage encadrée par deux ponts menant à Manhattan. Jolie vue, tous les buildings brillent au soleil tandis que notre plage est encore à l'ombre. Nous restons un moment, profitons du calme, de la vue, et de ce moment éphémère que le Temps avale seconde par seconde. Nous créons la magie de notre propre vie.
Direction Brooklyn et ses friperies après un instant brunch mémorable au Rabbit Hole, moment filles pour quelques unes d'entre nous. Jolies petites acquisitions pour peu cher, voire pour trois fois rien. Le Beacon's Closet entre directement au Panthéon des boutiques que j'aimerai pour toujours. Quelques grammes de tissu dans un sac plus tard, rendez-vous pour tous au Musée d'Histoire Naturelle et son chouette bâtiment qui borde Central Park. Je m'attendais à de grandes découvertes sur les animaux, quelle que soit leur période. Mais le musée s'avère quelque peu décevant. Après un clin d'oeil complice au tyrannosaure, une petite poignée d'entre nous attend les autres sur un banc de Central Park. Nuit, calme, bruit des branches qui s'entortillent. Retour à l'appartement, bolognese pour tout le monde. Et une bonne nuit de sommeil pour affronter la journée de demain : le 31 décembre.
DAY SIX
Début de journée morose pour moi ce matin là, je reste tranquillement à l'appartement avec quelques uns de mes colocs d'une semaine pendant que les autres filent au Metropolitan Museum. Réunion prévue à 2:00 pm sur Times Square pour débuter l'attente de Justin Bieber et Lady Gaga. Départ de notre troupe diminuée pour Times Square à 1:00 pm. Arrivée sur Times Square. Suicide collectif, engouement, hurlement, excitation. Le lieu est déjà invivable en temps normal, mais le jour de l'An, c'est tout simplement suicidaire. Le métro crache hors de ses bouches des flots humains sans fin qui se jettent sur l'asphalte comme la misère sur le monde, tout est barricadé, je n'ai jamais vu autant de policiers concentrés en un seul endroit. Toutes les rues qui mènent au cœur de Times Square sont bouchées par des barrières de police, nous faisons le grand tour en essayant de ne pas nous perdre. Je m'accroche à mes camarades comme une moule à un rocher. Nous réussissons à nous rapprocher le plus possible du nerf de la guerre. Les êtres s'accumulent, il n'y a pas assez d'espace sur le sol pour les pieds de tout le monde. Nous sommes dans la Grosse Pomme, la ville où tout semble possible, et pourtant j'ai l'impression d'être enfermée dans une poche sous vide. Les corps d'étrangers se pressent contre le mien, je remercie mes parents de m'avoir faite assez grande pour ne pas me faire engloutir. Mon bras agrippé à celui de Juliette se tord sous la pression des centaines de personnes qui gravitent autour de nous. Je peine à le ramener le long de mon corps puisqu'il n'y a pas assez de place, pas assez d'espace entre les gens pour que mon bras puisse me revenir sans égratignures. Les barrières s'ouvrent, la folie s'intensifie. Poussées par leurs congénères, deux jeunes filles s'emmêlent les jambes dans les barrières de fers. Premiers pleurs, premières douleurs, et je me demande bien pourquoi je me suis infligé cela. Qu'est ce que je fais au sein de ce bordel innommable ? Comment me sortir de ce tsunami humain duquel la raison s'est évaporée. J'arrive près de la barrière salvatrice, je la tiens contre moi, penchée de tout mon poids en arrière contre les gens qui me poussent et menacent de renverser mon équilibre fragile. Mon corps n'a plus de puissance, il est inutile face à la force rassemblée des dizaines de personnes qui poussent pour rentrer plus vite. Pour voir Justin Bieber, vraiment, toute cette mobilisation ? Reprenons-nous. Un coup plus violent que les autres me force à laisser tomber la barrière et à l'enjamber directement, j'abandonne la lutte, je n'ai pas de mousquetaires pour me défendre cette fois ci. Un policeman se rue vers moi, me demandant de retourner dans le tas d'humains qui s'est déjà approprié ma place. Inutile de lui dire que je ne peux faire marche arrière. Il me passe rapidement les capteurs le long des jambes et m'autorise à entrer. Mes compagnons d'infortune n'ont pas eu ma chance, ils baigneront dans la cohue jusqu'au bout. Une fois que nous sommes tous entrés, nous avançons vers les scènes. Au dessus de nous sur une affiche immense, Daniel Radcliffe sans sa cicatrice en forme d'éclair sourit niaisement. Nous essayons de joindre les autres, sans succès. Réussir à joindre des amis via des téléphones français le jour de l'an sur Times Square semblait être trop demander aux nouvelles technologies. Nous restons là, pantois, à nous demander quelle décision nous semble être la bonne à prendre. Rester là et profiter de ce Nouvel An unique sur Times Square ou rentrer à l'appartement ? L'autre groupe a t'il choisi de rester ? De rentrer ? Que faire ? Profiter égoïstement ? Rentrer et nous rendre compte que les autres ont préféré leur plaisir ? Autour de nous les festivités commencent, musique, cris, écrans lumineux, Boule de Cristal de Times Square, décompte de différents pays. 6:00 pm, décompte français, nous hurlons et nous embrassons. Mais il est temps de rentrer à l'appartement, rester en permanence à quinze dans les rues de New York pendant toute la semaine pour finalement ne pas être ensemble le soir de Nouvel An tient de l'absurde. Hors de la foule, nous respirons mieux. We almost did it ! A l'appartement, l'autre groupe nous attend bien au chaud. Finalement, nous serons ensemble. Et notre appartement de Brooklyn vaut bien Times Square, surtout avec une bouteille d'Appleton.
DAY SEVEN
Réveil douloureux. Yeux embués, bouche pâteuse, Sigur Ros ancré dans la tête. Au rythme des ronflements collectifs, je m'éveille et tente d'émerger. Puis tout s'active. On remballe, on range, on nettoie, on ramasse, tout cela dans une coordination étonnante au vu de la soirée de la veille. Départ pour le ponton sur la Hudson River, on profite du redoux new yorkais en ce premier jour de l'an. Vue sur le skyline, reflets du soleil sur la rivière, un goût aigre-doux dans la bouche. Tant de bonheur et de découvertes cumulés en une semaine, mais il est temps de partir. Une fois Bichounet mis dans un yellow cab, l'odeur de la fin des vacances frise nos narines. Retour à l'appartement, affaires sur le dos, nous faisons un dernier clin d'oeil à notre immeuble, notre rue, notre arrêt de métro, notre Dunkin' Donuts. Direction Gare Centrale.
New York, pour finir, c'est New York. J'aurais pu en écrire encore des pages. King of the hill, top of the list, head of the heap, king of the hill. New York, New York.










