lundi 20 février 2012

New York, New York






« Ce qui me tue, dans l'écriture, c'est qu'elle est trop courte. Quand la phrase s'achève, que de choses sont restées au-dehors ! »

de J.M.G. Le Clézio






I wanna be a part of it, New York, New York. C'est comme un rêve qui devient réalité, comme si la géographie s'adaptait à vos envies et vous offrait le monde sur un plateau d'argent. La Grande Ville, j'allais la voir. J'allais l'engloutir, ville tentaculaire, et toute l'excitation du monde se concentrait dans mes veines. Tous ces rêves et ces attentes, ces idéaux forgés par tant de films, de récits et autres séries américaines juvéniles, ils allaient prendre forme. 9:00 pm, nous sommes dix jeunes français en exil à attendre le bus Greyhound qui nous emmènera de Montréal à la Grosse Pomme. Nous sommes le 25 décembre, il neige à gros flocons. La neige me met toujours en joie, j'y vois un bon présage. Embarquement, moteur, action. Mes paupières résistent, l'adrénaline empêche mon corps de se laisser aller. J'ai envie de tout voir, même de nuit, même sur ces autoroutes interminables qui relient les villes de ce territoire titanesque. Quelques heures plus tard, je la vois. Elle est là, elle brille. I wanna wake up in a city that doesn't sleep. Mon pied foule le sol new yorkais. Alicia Keys et Jay-Z enchantent mes oreilles. I'm in NYC, bitches. 5:00 am.

Embarqués par le leadership Cloé/Alison, nos jambes comprimées nous mènent au Brooklyn Bridge. Ces noms m'enchantent, je ne réalise toujours pas. « On est à New York, tu te rends compte ? A NEW YORK ! ». Nos instincts artistiques s'éveillent, au son des cliquetis et des grognements qui accompagnent le cliché insatisfait, New York s'éveille sous nos yeux.







DAY ONE


Au rythme du lever du soleil, la fine équipe brinquebale ses corps fatigués sur Brooklyn Heights. Rien ne peut préparer à la vision d'un lever de soleil sur Manhattan. Montréal me semble tellement petite, comme retourner à Nancy après avoir vécu à Paris. Les reflets du soleil scintillent sur les immeubles rutilants. Un camaïeu d'oranges et de rouges contrastent avec le bleu du ciel. L'Empire State Building domine les gratte-ciels, un trou béant laisse deviner l'absence des Twin Towers. Ma portée visuelle n'est pas assez grande pour deviner la fin de l'île. Je me noie, mes yeux se perdent, tout n'est qu'immensité. Le vent glace mes os, mon index droit peine à déclencher. Je ne peux m'arrêter, je dois tout capturer, before it slips away.





Après une petite heure de repos au chaud dans notre appartement de Brooklyn, nous repartons pour Manhattan, avec l'envie irrépressible de tout voir d'un coup, de saisir la ville dans son intégralité. Right through the very heart of it, New York, New York. Mes pieds foulent ces rues légendaires et interminables, 5th Avenue, Broadway, Madison. D'un côté, l'Empire State déroule ses parpaings jusqu'au ciel, de l'autre la 8th Avenue vomit cette multitude d'âmes humaines qui peuplent la ville. Il ne faut pas se perdre, jouer des coudes, ne pas se laisser engloutir par la marée humaine. Quel que soit l'endroit il semble qu'il y ait bien trop de corps pour permettre un déplacement arbitraire, mes muscles se tendent, mes os se broient, mes yeux cherchent un point de repère, qu'il est difficile de ne pas se laisser happer. Je pensais que Paris m'avait préparée, mais Paris est un village quand on arrive à New York. Nous rentrons broyés, les pieds meurtris. Le lit n'a jamais paru si accueillant. I fall asleep before my head hits the pillow.








DAY TWO


Le voyage sera touristique ou ne sera pas. City Pass en main, nous nous élevons dans les airs par l'ascenseur high-tech de Top of the Rock. Première vue de New York depuis les airs. D'un côté, Central Park, de l'autre, l'Empire State. Dans les airs, la ville est moins oppressante. Le tumulte colle à l'asphalte tandis que je me laisse contaminer par le goût des skylines américains. Qu'ils sont niais dans les photos Conforama d'1m sur 2 mais qu'ils sont chouettes quand vous les admirez. Ville chronophage, il est déjà tard, nous prenons la direction du MoMA. Mes pieds endoloris m'empêchent de suivre la visite comme je le voudrais, mais mon cerveau est à même d'apprécier l'immensité et la diversité du musée. Toutes les périodes se mélangent en un seul bâtiment, beaucoup de nos peintres européens sont exposés. Alison virevolte d'un tableau à l'autre, révélant ses prédispositions à la critique artistique. Le groupe boit ses paroles, apprend, comprend, questionne. Nous trimballons notre groupe bien nombreux jusque Chinatown sous une pluie battante. Nous ne savions pas que le quartier bien connu serait le théâtre d'un de nos repas au restaurant les plus épiques.








DAY THREE


Toujours dans une optique touristique à faire tourner la tête aux asiatiques munis de leur plus beau réflex, nous nous rendons aujourd'hui au Port pour faire la croisière jusqu'à la Statue de la Liberté. Cloé et Alison ayant déjà profité de cette balade par le passé, elles décident de partir de leur côté. Et on les comprend. Trois heures de queue, quatre vagues dans le visage et une chanson dédicacée d'un Bob Marley sur le retour plus tard, nous voilà sur le pont du bateau. Mes camarades l'avaient pressenti, je sens monter en moi comme un élan lyrique et entonne joyeusement « My heart will go on », en espérant voir apparaître un cœur de l'océan, ou mieux, un Di Caprio transi d'amour. Mais non, déception. Le bateau se met en route, Jack, I'm flying ! Derrière nous, les buildings tendent leur bras d'acier vers un ciel lourd, devant nous, la mer nous offre ses vagues et ses promesses. On approche de la Statue, tout le monde pose niaisement pour avoir sa photo et pouvoir dire « j'y étais ». Cela semble tellement niais, de simplement penser à l'après sans profiter du moment présent, du vent qui fouette le visage, de cette statue tellement mythique, de cette ville que l'on ne peut s'empêcher d'aimer et d'enlacer. Nous débarquons sur la petite île pour voir de plus près sa célèbre habitante. Petite razzia capitaliste et consumériste dans la boutique de souvenirs, je ne peux tout de même pas repartir sans un mug ou un aimant New-York. Puis nous nous baladons, ou plutôt nous marchons en luttant contre le vent, ma jupe batifole en mode « toutes voiles dehors », des larmes s'écrasent sur mes joues. Antoine nous la joue photographe insatisfait et nous fait poser bien trop longtemps aux pieds verts de la Dame à la Flamme. La carte mémoire de nos appareils en prend encore pour son grade, la vue sur Manhattan est particulièrement belle aujourd'hui, des nuages denses surplombent la ville et l'alourdissent, même New York, si gigantesque soit elle, est soumise aux aléas de la nature. Nous reprenons le ferryboat.







De retour sur la terre ferme, nous nous baladons dans Manhattan. Nos pas nous mènent au Ground Zero, ce qui reste des Deux Tours. L'ambiance est bien particulière ici. Malgré un grand nombre de piétons, de touristes, et malgré les tentatives de rendre cet endroit commercial, le besoin des Etats-Unis de surfer économiquement sur la misère humaine qu'a connu cet endroit, il est irrémédiablement vide. A la fois, on s'étonne que deux bâtiments si grands puissent s'être tenu là, mais le vide dans le ciel, le vide entre ces immeubles qui défient les lois de la physique nous ramène à la réalité abrupte. Evidemment, on a fait un musée ici, un musée payant qui est supposé permettre de faire son travail de Mémoire. Les cafés, les magasins de luxe, les restaurants affluent autour de ce théâtre malsain, laissé en l'état. Difficile de ne pas être touché, difficile de ne rien ressentir. Malgré tout, on ne peut se représenter l'Horreur du moment. Tout autour du trou béant dans l'asphalte, les immeubles sont épargnés, neufs, peut être reconstruits. En me retournant, j'aperçois une façade qui semble avoir été soufflée, seule preuve physique mis à part le sol devant moi, que je peux seulement deviner puisqu'il est bien caché et surveillé par des policiers. La vision de cet endroit ne laisse pas notre esprit intact, certains sont touchés plus que d'autres.






Afin de nous redonner du baume au cœur, changement d'ambiance, direction Times Square. Tout ce que je connaissais avant, toutes mes grandes certitudes, effacées par ce moment où, en pleine nuit, je sors dans une rue assez illuminée pour me croire en plein jour. Il n'y a pas assez de place pour respirer, je serre contre moi mon sac et mon appareil photo, je me cramponne au bras d'Alison qui me guide afin que je puisse abandonner mes yeux au ciel. Tout brille, tout scintille, tout n'est que lumières, explosion de couleurs. Les images fixes se mêlent aux écrans diffusant des bandes annonces ou des publicités. Un grand écran retransmet l'image de la webcam. Comme tous les touristes présents, nous faisons « coucou à la caméra » en nous auto-regardant. Hystérie collective, régression, oubli du temple de l'Horreur que nous venons de voir, lobotomisation. Times Square nous illumine les pupilles, nous fait clignoter les neurones et déconnecte notre cerveau. Centre nerveux du monde, du capitalisme, de la consommation. Ils sont tous là, Disney Store, M&M's, Levi's, Broadway, Hard Rock Café, il n'y a pas assez d'yeux dans le monde pour saisir l'image globale de cet endroit incroyable. Les scènes du concert du New Years Eve se mettent en place, sponsorisé par Nivea. Tout a plus de relief ici, même le fameux bleu/blanc de Nivea n'a pas la même profondeur que sur mon pot de crème. Après un temps de repos sur les marches rouges lumineuses en plein centre des lumières, nous nous redirigeons vers le métro. Douleur, fatigue, lassitude : il est temps de rentrer.








DAY FOUR


Aujourd'hui encore, du grand New York à épuiser, nous creusons les ressources infinies de la ville. Allons à l'évidence : Central Park suivi de la visite à l'Empire State. Nous remontons la 5th Avenue à pied, jetons un coup d'oeil envieux aux boutiques de luxe qui la jalonnent. Arrêt shopping à Tiffany's pour les plus mordus d'entre nous. Nul doute qu'ici la crise est un mot inconnu au bataillon. Ascenseurs avec stewart, moquette molletonneuse, vitrines impeccables, moulures en bois mordoré. Le luxe a un goût bien amer quand il ne nous est pas destiné.

La petite boîte bleue enrubannée de blanc en notre possession, nous reprenons notre marche initiale : la remontée vers Central Park, ce parc si étrange, immense et verdoyant au milieu de l'île la plus urbanisée du monde. Les arbres dont les branches dansent, embrassées par le vent, narguent les immeubles immuables. Le contraste est frappant, la liberté provoquante des arbres semble enraciner encore plus les buildings qui entourent le parc dans une immobilité irrémédiable (appréciez l'allitération).

Premiers pas dans le parc, rencontre bucolique des calèches de chevaux allant du blanc le plus pur au rose le plus barbiesque. Sur le papier, elle sonnait bien cette balade en calèche à Central Park. Après rencontre, elle me donne juste envie de me pendre aux branches des arbres. Les tarifs pratiqués sont aberrants, sans parler de l'air stupide affiché sur les visages des pauvres gens grimpés dans ces maudites calèches. C'est comme si j'entendais la voix du Père (le mien, pas l'universel) me dire « C'est vraiment un truc d'attrape-couillons, allez viens, on va faire une balade de six heures en escaladant des rochers, t'as pris ton piolet et ton short beige Decathlon ? ». Fuyons donc, et sans notre short Decathlon, allons profiter de la vue depuis le rocher qui surplombe un petit lac et son pont mignon.

Cliquetis, cliquetis. Nous continuons à nous balader, passons à travers le zoo, mangeons un célèbre Bretzel dans les boutiques ambulantes. Il fait bon, le soleil dore nos visages, le parc est apaisant. C'est calme ici, comme une bulle à part au sein de l'agitation urbaine. Etrange, appréciable. Un moment de répit offert à la vie new yorkaise. Nous éclatons la bulle, direction Empire State Building.







Il est grand. Oui, très grand. A s'en démettre la nuque, à s'en abimer les yeux, à croire qu'il peut toucher les nuages, le ciel, le Paradis et même Dieu. Puis peu à peu, je baisse les yeux. Si je m'amusais à empiler les gens qui attendent de rentrer dans le bâtiment parallèlement à celui-ci, j'obtiendrais probablement une pile humaine équivalente à la hauteur du building. Ce monde m'agresse, m'attaque, j'aimerais faire croire à la bombe pour qu'ils s'enfuient tous, mais ce serait vraiment de mauvais goût. Malgré tout, en bons moutons prêts à perdre du temps, nous faisons la queue. On a du m'entendre dans une dimension parallèle, la queue avance vite. Enfin, « vite ». Trois heures réelles plus tard, nous sommes dans l'ascenseur pour atteindre le sommet. Pile pour le coucher de soleil, il y a donc un Dieu. Je joue des coudes pour m'approcher du bord afin de prendre une photo potable du soleil qui se couche derrière les immeubles, prêt à disparaître du bord de mon bout de planète. Un parasite avec un réflex plus beau que le mien monopolise l'espace, je soupire, je m'énerve, je me retiens de lui donner des coups de pied à lui et à son stupide réflex à 3000€. Quand il se décide finalement à dégager, alors que je m'apprêtais à lui cracher dans les cheveux, le soleil scintille de ses derniers rayons. Je n'ai pas le temps de faire mes réglages et capture un coucher de soleil à 1600 ISO, merci le grain, merci le parasite, j'espère que tu mourras dans d'atroces souffrances. Je change de côté, puis trouve un plan magnifique sur New York. A ma droite, le Chrysler Building et son toit à paillettes, à ma gauche Times Square et ses lumières infinies. Je profite de cette période magique que j'aime tant, entre chien et loup, le monde a tellement plus de significations. Les lumières s'allument au fur et à mesure, les unes à la suite des autres, mes photos ressemblent à la barre de couleur de témoin du Ph. Jolie gradation. Le ciel s'assombrit, la ville s'illumine. A moi les droits sur les posters Conforama. Pendant que je ne lâche pas mon poste, Claire assiste à une demande en mariage. Eh oui, in the top of the Empire State Building, dreams happen.






DAY FIVE


Journée un peu off en ce cinquième jour new-yorkais, malgré tout lever à 5:00 am pour aller voir le lever de soleil depuis une berge du Queens. Les cils intégrés dans les yeux, nous prenons les trains de banlieue pour arriver dans un quartier défavorisé. C'est un peu notre « hors-piste » new-yorkais à nous. Direction une petite plage encadrée par deux ponts menant à Manhattan. Jolie vue, tous les buildings brillent au soleil tandis que notre plage est encore à l'ombre. Nous restons un moment, profitons du calme, de la vue, et de ce moment éphémère que le Temps avale seconde par seconde. Nous créons la magie de notre propre vie.





Direction Brooklyn et ses friperies après un instant brunch mémorable au Rabbit Hole, moment filles pour quelques unes d'entre nous. Jolies petites acquisitions pour peu cher, voire pour trois fois rien. Le Beacon's Closet entre directement au Panthéon des boutiques que j'aimerai pour toujours. Quelques grammes de tissu dans un sac plus tard, rendez-vous pour tous au Musée d'Histoire Naturelle et son chouette bâtiment qui borde Central Park. Je m'attendais à de grandes découvertes sur les animaux, quelle que soit leur période. Mais le musée s'avère quelque peu décevant. Après un clin d'oeil complice au tyrannosaure, une petite poignée d'entre nous attend les autres sur un banc de Central Park. Nuit, calme, bruit des branches qui s'entortillent. Retour à l'appartement, bolognese pour tout le monde. Et une bonne nuit de sommeil pour affronter la journée de demain : le 31 décembre.


DAY SIX


Début de journée morose pour moi ce matin là, je reste tranquillement à l'appartement avec quelques uns de mes colocs d'une semaine pendant que les autres filent au Metropolitan Museum. Réunion prévue à 2:00 pm sur Times Square pour débuter l'attente de Justin Bieber et Lady Gaga. Départ de notre troupe diminuée pour Times Square à 1:00 pm. Arrivée sur Times Square. Suicide collectif, engouement, hurlement, excitation. Le lieu est déjà invivable en temps normal, mais le jour de l'An, c'est tout simplement suicidaire. Le métro crache hors de ses bouches des flots humains sans fin qui se jettent sur l'asphalte comme la misère sur le monde, tout est barricadé, je n'ai jamais vu autant de policiers concentrés en un seul endroit. Toutes les rues qui mènent au cœur de Times Square sont bouchées par des barrières de police, nous faisons le grand tour en essayant de ne pas nous perdre. Je m'accroche à mes camarades comme une moule à un rocher. Nous réussissons à nous rapprocher le plus possible du nerf de la guerre. Les êtres s'accumulent, il n'y a pas assez d'espace sur le sol pour les pieds de tout le monde. Nous sommes dans la Grosse Pomme, la ville où tout semble possible, et pourtant j'ai l'impression d'être enfermée dans une poche sous vide. Les corps d'étrangers se pressent contre le mien, je remercie mes parents de m'avoir faite assez grande pour ne pas me faire engloutir. Mon bras agrippé à celui de Juliette se tord sous la pression des centaines de personnes qui gravitent autour de nous. Je peine à le ramener le long de mon corps puisqu'il n'y a pas assez de place, pas assez d'espace entre les gens pour que mon bras puisse me revenir sans égratignures. Les barrières s'ouvrent, la folie s'intensifie. Poussées par leurs congénères, deux jeunes filles s'emmêlent les jambes dans les barrières de fers. Premiers pleurs, premières douleurs, et je me demande bien pourquoi je me suis infligé cela. Qu'est ce que je fais au sein de ce bordel innommable ? Comment me sortir de ce tsunami humain duquel la raison s'est évaporée. J'arrive près de la barrière salvatrice, je la tiens contre moi, penchée de tout mon poids en arrière contre les gens qui me poussent et menacent de renverser mon équilibre fragile. Mon corps n'a plus de puissance, il est inutile face à la force rassemblée des dizaines de personnes qui poussent pour rentrer plus vite. Pour voir Justin Bieber, vraiment, toute cette mobilisation ? Reprenons-nous. Un coup plus violent que les autres me force à laisser tomber la barrière et à l'enjamber directement, j'abandonne la lutte, je n'ai pas de mousquetaires pour me défendre cette fois ci. Un policeman se rue vers moi, me demandant de retourner dans le tas d'humains qui s'est déjà approprié ma place. Inutile de lui dire que je ne peux faire marche arrière. Il me passe rapidement les capteurs le long des jambes et m'autorise à entrer. Mes compagnons d'infortune n'ont pas eu ma chance, ils baigneront dans la cohue jusqu'au bout. Une fois que nous sommes tous entrés, nous avançons vers les scènes. Au dessus de nous sur une affiche immense, Daniel Radcliffe sans sa cicatrice en forme d'éclair sourit niaisement. Nous essayons de joindre les autres, sans succès. Réussir à joindre des amis via des téléphones français le jour de l'an sur Times Square semblait être trop demander aux nouvelles technologies. Nous restons là, pantois, à nous demander quelle décision nous semble être la bonne à prendre. Rester là et profiter de ce Nouvel An unique sur Times Square ou rentrer à l'appartement ? L'autre groupe a t'il choisi de rester ? De rentrer ? Que faire ? Profiter égoïstement ? Rentrer et nous rendre compte que les autres ont préféré leur plaisir ? Autour de nous les festivités commencent, musique, cris, écrans lumineux, Boule de Cristal de Times Square, décompte de différents pays. 6:00 pm, décompte français, nous hurlons et nous embrassons. Mais il est temps de rentrer à l'appartement, rester en permanence à quinze dans les rues de New York pendant toute la semaine pour finalement ne pas être ensemble le soir de Nouvel An tient de l'absurde. Hors de la foule, nous respirons mieux. We almost did it ! A l'appartement, l'autre groupe nous attend bien au chaud. Finalement, nous serons ensemble. Et notre appartement de Brooklyn vaut bien Times Square, surtout avec une bouteille d'Appleton.



DAY SEVEN


Réveil douloureux. Yeux embués, bouche pâteuse, Sigur Ros ancré dans la tête. Au rythme des ronflements collectifs, je m'éveille et tente d'émerger. Puis tout s'active. On remballe, on range, on nettoie, on ramasse, tout cela dans une coordination étonnante au vu de la soirée de la veille. Départ pour le ponton sur la Hudson River, on profite du redoux new yorkais en ce premier jour de l'an. Vue sur le skyline, reflets du soleil sur la rivière, un goût aigre-doux dans la bouche. Tant de bonheur et de découvertes cumulés en une semaine, mais il est temps de partir. Une fois Bichounet mis dans un yellow cab, l'odeur de la fin des vacances frise nos narines. Retour à l'appartement, affaires sur le dos, nous faisons un dernier clin d'oeil à notre immeuble, notre rue, notre arrêt de métro, notre Dunkin' Donuts. Direction Gare Centrale.

New York, pour finir, c'est New York. J'aurais pu en écrire encore des pages. King of the hill, top of the list, head of the heap, king of the hill. New York, New York.






lundi 23 janvier 2012

De la joie du concours photo du BEI.


Comme je le disais précédemment, l'université québécoise fait confiance à ses étudiants. Pour cette raison particulière, le BEI (Bureau des Etudiants Internationaux) organise chaque année un concours de photographie avec pour thème « Vie étudiante » et « Culture d'ici ». Mon nouvel appareil en main, quelques idées pour faire des photos potentiellement acceptables et me voilà lancée sur la route de la création artistique et le chemin de la reconnaissance du public. Après moult tergiversations sur le choix des photos, un appel à l'aide au Père qui réussit à rendre acceptables mes clichés grâce à Lightroom et autres nouveaux procédés électronique créés pour me sauver la vie, ma décision est prise, il n'y a plus qu'à attendre. Et quelle ne fut pas ma surprise quand à une semaine de la remise des prix, je reçus une missive électronique de ce fameux BEI m'informant que ma présence sera plus qu'appréciée puisqu'une de mes photos a reçu un prix. Mon sang ne fait qu'un tour, mes oreilles bourdonnent, mes pieds dansent la carioca. L'excitation est à son apogée, au delà de la satisfaction personnelle vient la satisfaction matérielle, en d'autres mots : c'est QUOI mon prix ?

Une semaine plus tard, maquillée, coiffée, bien habillée et un sourire Colgate plaqué sur le visage, me voilà rendue au 5@7 en compagnie de mes colocs. Bon, ici, ils savent recevoir avec autre chose que des Chips et du jus de pommes de chez Lidl. Si mon prix me déçoit j'aurais au moins pu manger du fromage et de la charcuterie aux frais de la princesse. Les photos sont affichées dans la salle. La remise des prix commence.

Un par un, on appelle les candidats gagnants, on leur distribue de jolies petites enveloppes. J'attends mon tour, patiemment, le sourire de plus en plus crispé, le rire de plus en plus jaune, le verre de vin de plus en plus vide. Enfin, vient le tour des prix « coup de cœur du jury ». Enfin, j'entends mon nom. Je m'approche de la plaquette noire affublée de gommettes vertes m'évoquant un système digestif sur laquelle on a collé et perverti ma photo. Ma belle photo en noir et blanc. Je m'entends bafouiller trois mots incohérents sur le moment où l'image a été prise. Puis je retourne me noyer dans la masse du public, contente que cela soit fini. Car oui, c'était bel et bien fini, pas d'Oscar ni même de César, encore moins d'NRJ Award. Les « coup de coeur » n'ont pas de prix, juste le droit d'être content. C'est bien, aussi. Eternelle insatisfaite moi ? Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Heureusement, il y avait le fromage et la charcuterie.





Sorbonne VS UdeM








Une des principales choses que l'on apprend dans un échange universitaire, c'est évidemment le fonctionnement d'une faculté étrangère. On pourrait imaginer qu'entre le système universitaire québécois et le système universitaire français la différence est minime. Ce n'est pas réellement le cas. Les Etats-Unis ont bien fait leur travail d'influence et notre université, l'UdeM, s'inscrit bien dans un schéma nord-américain. On ne le répétera jamais assez, le seul rapport réel que la France ait avec le Québec, c'est la langue, et encore, cela peut être soumis à réflexion.

En soi, vous êtes là pour apprendre et travailler, vous rendez des devoirs, êtes évalués puis diplômés évidemment cela ne change pas. Malgré tout, la manière d'apprendre et d'enseigner est différente.

Le rapport au professeur n'est pas le même pour commencer. A la Sorbonne, je me sens obligée d'être en adoration devant mes maîtres, je leur dois fidélité, passion amour et déférence pour le reste de ma vie. Je dois être reconnaissante que ces dieux vivants acceptent de respirer le même air que moi, impie qui ne sait citer les vers d'Horace par cœur. En latin. Puis traduits en grec. Ben oui, désolée de n'être qu'une simple mortelle. Ici au Québec, le rapport au professeur est bien plus fluide et dénué de toute fioriture, de tout protocole. Si le professeur n'a pas encore corrigé vos copies parce qu'il a pris du bon temps pendant les vacances, il se contentera de vous envoyer un mail pour vous le dire. Pourquoi faire compliqué ?

En France, on attend de vous que vous soyez cultivés, que vous sachiez. Les universitaires partent du principe simple que vous avez LU, que vous avez COMPRIS. La Poétique d'Aristote, la théorie des Correspondances, et pourquoi pas la quadrature du cercle, tout cela n'a pas de secret pour vous, puisque vous êtes l'élite de la France. Puisque ces bons élèves français ont lu et savent, autant leur donner à manger des cours si précis qu'ils ne leur serviront à rien à part nourrir leur intellect à l'ego déjà surdimensionné. Non pas que je n'apprécie pas avoir des cours avec un intitulé précis, ni que je dénigre l'enseignement que j'ai reçu, loin de là. Il me permet d'être efficace, concise s'il le faut tout en étant capable de développer mon point de vue de manière structurée. Tout cela, je l'ai acquis, cela m'appartient. Ici cependant, c'est différent. On n'attend pas de vous que vous sachiez par avance ce sur quoi vous allez travailler. On part du principe que vous allez faire une découverte, et on compte sur votre voracité littéraire pour avaler tout ce qu'on vous offre à ingurgiter en un semestre. Cette manière de voir les choses allonge les bibliographies, certes. Je n'arrive toujours pas à trancher sur ces deux méthodes.

Autre chose qui diverge, l'université québécoise laisse la part belle à l'oral, aux exposés. Je sais que Paris-IV règne sur une politique de l'écrit, ce qui m'a permis de passer à travers mon Master 1 sans jamais prendre la parole en public. Ici, pas d'échappatoire, l'oral c'est un quotidien, qu'on le veuille ou non. Les québécois brillent par leur aisance à l'orale. Je suis toujours étonnée de leur capacité à exposer leur sujet sans leurs notes. Personnellement, je m'y accroche toujours comme une moule à un rocher, même si j'en lève les yeux le plus souvent possible. Mais je vais devoir changer cela. Pour un de mes cours de séminaire, une des évaluations sera l'organisation d'un colloque. Un COLLOQUE. A la Sorbonne, je n'y suis même pas conviée en tant qu'auditrice, alors me donner la parole...

L'université québécoise semble avoir bien plus confiance dans le potentiel de ses étudiants. Même si le fond ne va pas toujours être à la hauteur de mes espérances, une forme de sérénité règne dans ces murs, c'est apaisant. Pas de politique de l'excellence, du standing, on sort du nec plus ultra véhiculé par la Sorbonne. Et juste une minute, le temps de reposer un peu ses méninges, cela fait du bien. J'aime mon université française, je suis fière d'y étudier et d'en être probablement diplômée d'ici quelques mois. Mais voir autre chose m'a permis de comprendre que pousser à l'excellence et à l'élitisme n'était pas toujours la recette du succès.




Québec (QC)

Il est là, ce moment que j'avais tant attendu. Celui où mon Homme me rejoindrait à l'autre bout du Monde. A l'aéroport, je frétille, je me dandine en m'agrippant au panneau qui porte son nom, confectionné par mes soins pour « faire comme dans les films ». J'aurais pu me cacher derrière et me découvrir sensuellement à son arrivée, mais j'ai préféré l'attitude bien plus séduisante de groupie enragée prête à passer au dessus des barrières de sécurité pour lui sauter dessus.

Quelques jours plus tard, départ en amoureux pour Québec. Reniant notre syndrome de Peter Pan, c'est comme des grands, encore une fois, que nous louons une voiture, un énorme 4x4 Jeep absolument inapproprié à la situation, mais après tout c'est ça aussi l'Amérique du Nord. Aux grands territoires, les grosses voitures. Après quelques réglages nécessaires pour gérer la pédale de frein sur une automatique sans que j'aille me cogner le front sur la boîte à gants, mon homme est prêt à affronter les longues routes canadiennes qui mènent jusqu'à Québec.

Trois heures plus tard, nous voilà arrivés. Notre hôtel, que nous avons sélectionné pour sa situation dans le Vieux-Québec, est un vieux bâtiment, ce qui est rare ici au Québec. Effectivement, plancher penché, portes qui forcent à courber l'échine, murs qui rendraient fou un niveau de maçon : un vieil immeuble comme on les aime.

La balade nocturne qui s'ensuit dans les petites rues pavées et au pied du château Frontenac est bien vivifiante : le froid me mord les os, le vent me fige le visage. Nos pulsions récentes d'artistes photographes nous poussent cependant à forcer le masochisme et à rester sur la jetée, immobiles, trépied en main, pour prendre la photo de l'année. Vu le résultat, ça ne valait pas le coup de perdre trois doigts.

Puis la curiosité prend le pas sur la morsure du froid. Québec a du charme. Ses petites ruelles, vides à cette heure-ci, ont de quoi vous transporter. Les cours de littérature et voyages ne sont pas tombés dans l'oreille d'une sourde : en voyant le port, en foulant le sol du Petit Champlain, elles me reviennent toutes ces histoires de voiliers et de découverte du Saint-Laurent et du Nouveau Monde. Dans mon esprit s’enchâssent des cartes du monde vieillies, approximatives ainsi que des extraits de Pocahontas. Je manque un battement de cœur, comme à chaque fois que je prends conscience de l'Histoire. Celle de ce pays est intrinsèquement liée au passé du mien. Cela se sent bien plus au pied des immeubles étriqués de Québec que dans le cœur de Montréal, entourée par les buildings rutilants. Malgré des rues passantes rongées par le tourisme, Québec semble avoir conservé son âme, profondément marquée par l'Europe.

Après une nuit dans notre hôtel bancal et un petit déjeuner avec des croissants bien français, l'Homme et moi reprenons la voiture pour aller jusqu'aux chutes du Montmorency, spectacle vertigineux. Même si ces chutes sont plus hautes que celles du Niagara, ces milliers de litres d'eau qui se déversent presque sur l'autoroute quittant Québec ont ce goût amer d'une nature muselée et maîtrisée par l'homme... Le spectacle en hiver doit être joli cependant, lorsque l'eau cristallise et qu'au pied du manteau de glace qu'elles forment s'accumule une petite montagne de neige : le pain de sucre.

De Montréal à Ottawa, d'Ottawa à Québec, il est frappant de constater à quel point chacune de ces villes canadiennes est différente. Les espaces urbains américains semblent ne proposer que gratte-ciels qui tendent leurs bras d'acier et de verre vers un ailleurs qu'ils n'atteindront jamais. Et si une tour se démarque des autres, elle ne reste qu'une tour de plus qui n'ira jamais plus haut que les nuages. Les trois villes que j'ai visité semblent avoir gardé quelque chose de plus, une spécificité qui fait leur essence. Je croise les doigts pour qu'elles ne la perdent jamais.















lundi 16 janvier 2012

Outaouais - Ottawa






Avec une Claire au pied réparé et des parents qui ont loué une voiture, les envies de voyager et de voir du pays se multiplient. Guide en main et GPS en route, nous voilà sur la route d'Ottawa, capitale du Canada. Je ne peux m'empêcher de remarquer que Ottawa fait partie de ces capitales dont on ne sait pas qu'elles le sont. Paris est la capitale de la France, certes, mais êtes vous sûrs de la capitale du Maroc ? De l'Inde ? Du Brésil ? Je vous invite à vérifier. Dans mes méandres géographiques, je m'étais persuadée que la capitale du Canada était Vancouver. Ce n'est pas le cas. Bref. Deux petites heures plus tard, nous voilà arrivés. Tout de suite, le Parlement attire notre regard. Une fois la voiture garée, nous foulons le sol de la ville et nous dirigeons vers la grande bâtisse. Encore une fois, le Canada nous surprend en faisant cohabiter des bâtiments anciens et compliqués avec des buildings lisses et élancés. Quelques minutes plus tard, après avoir été abondamment scannés par la sécurité, nous voici dans le Parlement. J'essaie de maintenir une Claire surexcitée, il ne faudrait pas qu'elle se recasse le pied. Une petite guide chinoise à l'accent québécois nous fait profiter d'une visite légère. Je passerai sur l'importance des lieux, le rôle des différentes chambres, la place de la fameuse Queen Elizabeth au Canada pour me concentrer sur la bibliothèque du Parlement. Il me semble que chaque petite fille garde en tête comme une des plus belles bibliothèques du monde celle de la Belle et la Bête. Ce jour là, quand je suis entrée dans la Bibliothèque du Parlement, j'étais Belle. Les colonnes de livres montent jusqu'au plafond sur les étagères mordorées, toute la pièce, circulaire, baigne dans la lumière du jour qui irradie. Pendant que ma bouche s'ouvre de plus en plus, mes yeux courent le long des étagères, balayent les petits balcons, grimpent les escaliers qui mènent au niveau supérieur, ouvert sur le reste de la pièce. J'ai toujours aimé les bibliothèques, je m'étais habituée à en voir de jolies à Nancy et à Paris déjà. Mais aucun de ces endroits ne possédait le cachet de cette bibliothèque là. Au milieu de la pièce trône une statue blanchissime de Queen Victoria. Elle a bien de la chance de vivre ici celle-là. On a vu pire comme logis. Brutalement, la petite chinoise, qui m'apparait antipathique immédiatement, nous demande de sortir. Les portes se referment. J'aurais au moins touché mon rêve. Prends toi ça Belle, tu n'auras pas le monopole de la bibliothèque de rêve.

A la fin de la visite, petite surprise de la part de la petite chinoise qui reprend du galon dans mon coeur. Nous prenons un ascenseur qui nous mène en haut de la tour du Parlement. Au passage, vue sur les cloches et grande pensée à Quasimodo. En haut, vue sur Ottawa et ses environs, magique. L'impression de dominer la ville nous saisit tous. Qu'ils profitent bien de leurs skylines américains ces Canadiens, qu'ils les mettent bien en valeur.

En sortant du Parlement, les buildings paraissent bien tristes. Malgré tout, nous continuons notre balade. Sur un pont, nous regardons le « Rideau » couler lentement sous nos yeux. En hiver, cette rivière devient la plus grande patinoire du monde. C'est sûr que cela prend une toute autre dimension.

Après avoir balbutié quelques mots d'anglais pour acheter des timbres (eh oui, hors du Québec, on parle anglais dans l'coin!) et suite aux conseils de l'ami Maxime, nous prenons la route direction Parc de la Gatineau. Mais les voies du GPS sont impénétrables et le gredin décide de nous laisser nous débrouiller seuls. Tant bien que mal, nous atteignons cet immense parc. Qu'il doit être bien, le bougre, quand on y arrive avec la lumière du jour. Expérience ratée pour cette fois, la balade bien que vivifiante fut bien courte. Il s'agit à présent, sans GPS, de reprendre la route de Montréal.

Goodbye Ottawa, see you soon.

Expédition montréalaise avec l'amie Cloé.



Il est difficile d'agir en touriste dans une ville que l'on va fréquenter pendant un an. Nous sommes à mi-chemin entre le touriste claquettes-chaussettes avec son appareil autour du cou et le montréalais qui arpente les rues d'un air dédaigneux. A Paris, il était devenu facile de détester les touristes. Ceux qui ne comprennent pas « tenez la droite » sur les tapis roulants, qui bondent les rames de métro, qui envahissent le parvis de Notre-Dame, qui prennent tout et n'importe quoi en photo, vous y compris, tous ces amateurs de porte-clé Tour Eiffel et autres T-shirts I love Paris ainsi que ceux qui, envahis par l'originalité, posent en tenant leur main comme un plateau, de manière à ce que le Sacré-Coeur ait l'air posé au ceux de leur paume. Me laissant transporter par la rage typiquement parisienne qui survient face à ces personnes là, j'avais l'habitude de laisser les traits de mon visage communiquer le dédain que j'avais pour cette tripotée d'être humains en short et lunettes de soleil. Ici, évidemment, tout a changé, car c'est moi la touriste avec l'appareil autour de cou.

Dimanche, grande « fin de semaine » de Grâces, j'ai donc pris mon short, mon appareil photo, mes tongs et mes lunettes de soleil pour partir à la conquête de l'Île Ste-Hélène avec Cloé. Après moult pérégrinations dans les transports en commun montréalais indubitablement vides, nous arrivons sur la fameuse île, près de la Biosphère. Le but de l'expédition : visiter le parc Jean Drapeau, arpenter les berges du St-Laurent, et éventuellement tirer de cette balade quelques clichés qui feront, nous en sommes sûres, la fierté de nos géniteurs outre-Atlantique.









Après quelques minutes de marche, nous voilà déjà sur les bords du St-Laurent. La légende ne mentait pas, le bleu du St-Laurent est bien particulier. A ce moment précis, il nous est impossible de parler réellement à part par borborygmes. Partant du bleu-vert du St Laurent, les arbres étendent leurs branches peuplées de feuilles aux multiples couleurs vers le bleu vif du ciel dégagé. Le jaune, le rouge, le vert et l'orange s'entremêlent dans un savant ballet. En nous retournant vers le centre de l'île, les arbres continuent à jouer de leurs charmes : l'herbe verte et parfaitement entretenue ajoute une couleur au tableau. Les cliquetis des appareils fusent et s'entrechoquent, suivis de soupirs de déception. Il est impossible de retrouver sur les écrans de nos appareils les couleurs que nous voyons. Une pâle copie de la réalité comble l'espace de ma carte mémoire.

Décidant de ne plus suivre les sentiers battus, Cloé et moi, nous sachant près du pont Jacques Cartier, cherchons avidement les petits chemins qui nous permettraient d'avoir des angles de vue sympathiques. Nos pas nous mènent sur les berges rocheuses du fleuve et nous nous installons tranquillement sur les pierres polies par l'eau. La vue est magnifique, d'un côté le pont Jacques Cartier, couleur statue de la Liberté déroule ses suspensions. De l'autre, le downtown montréalais fait scintiller ses gratte-ciels. Elle était là, cette vue que j'attendais depuis le début. Cette vue qui me semble si particulière à moi, européenne qui n'aime que les vieux immeubles tarabiscotés et les venelles sinueuses.




J'aime Paris depuis Montmartre, j'aime ses toits tout gris, ses immeubles en pierre de taille, ses ruelles qui disent merde aux angles droits. Mais j'aime aussi les lignes droites et les buildings de Montréal, le dépaysement est total. Le silence règne, les appareils déclenchent. Le soleil nous dore la peau, nous trempons les orteils dans le Saint-Laurent, mais pas plus car après tout c'est peu hygiénique, c'est juste pour pouvoir dire dans les mails à la famille qu'on a fait trempette dans le fleuve mythique. Il est plutôt amusant de regarder ce skyline qui, quand on s'y trouve, est un énorme tumulte de voitures, piétons, gratte-ciels étouffants mais qui, vu de loin, semble immuable et statique. C'est calme ici, on peut entendre les petites vagues s'éclater sur les rochers. Le soleil fait briller l'eau, il fait bon vivre.

Après notre repos de guerrier, nous repartons vers le centre de l'île. Les plans d'eau bucoliques se succèdent dans le jardin qui recouvre l'île, nos mirettes s'écarquillent devant le mélange des couleurs automnales. « C'est comme je l'imaginais, on m'avait pas menti ! ». La journée passe, le soleil commence à taquiner l'horizon. Nous décidons de retourner à pied sur l'île de Montréal : après multiples détours nous réussissons à monter sur un pont qui nous ramène tant bien que mal sur le Vieux Port. Une des balades les plus mal organisées de ma vie qui nous a fait visiter des endroits qui n'apparaissent pas dans les livres touristiques. Et comme d'habitude, ce sont ces histoires ratées que l'on raconte toujours le plus. Malgré tout, l'arrivée au Vieux Port se fait de nuit, nous sillonnons les ruelles du « Vieux Montréal ». Il faut bien être québécois et vivre dans un pays jeune pour appeler cet endroit le « Vieux Montréal ». Mon âme d'européenne s'attendait à des ruelles étroites au pavé irrégulier, à des bâtiments en pierre aux fenêtres carrelées et à de grandes portes en bois. Que nenni, même si la route est pavée, il est évident que le Vieux-Montréal n'est pas si vieux que ça avec toutes ses boutiques rutilantes et ses restaurants bien proprets. D'ailleurs, ici le plus vieil immeuble date du XVIIIème siècle. Un léger sourire se dessine sur mes lèvres alors que je foule ce sol pour la première fois. Mon âme est bien trop vieille et attachée à l'Europe pour trouver du charme réel à ce petit quartier. Malgré tout, j'apprécie la ponctuation finale de cette journée découverte. Merci Montréal, malgré ta jeunesse, tu sais me vendre du rêve.


Mes parents sont venus à Montréal.



Cela fait maintenant deux mois que je vis à Montréal. L'acclimatation se fait petit à petit. Ce qui émerveillait au début est devenu un quotidien. Désormais, plus de surprise devant les petites maisons en brique rouge, de l'excitation juvénile, on passe à un simple coup d'oeil aux écureuils qui sautillent dans les arbres, on affiche un confort déconcertant face à l'accent chantant de l'habitant, bref, la vie québécoise m'a conquise, me voilà habituée au style de vie nord-américain au point d'être lassée des fast-food. Cependant, une nouvelle excitation vient bouleverser cette acclimatation au Québec : l'arrivée des parents. Finie la période où s'affranchir de ses parents est un exploit et une fierté, les années m'ont fait comprendre que ma vie est bien plus confortable quand ils sont là. Et surtout, comme si je n'étais jamais sortie de ma période « Petite Sirène », cette envie de leur faire saisir la ville, ma nouvelle vie, ce profond désir de partager avec eux mon expérience, cette fierté de leur montrer que « je suis une grande », j'ai quitté le cocon pour de vrai, je sais me débrouiller toute seule à l'étranger.

Les pages du calendrier s'égrènent (ou plutôt le widget « iCal » de mon MacBook progresse), vite vite, arrivez vacances de la Toussaint ! Enfin, on y arrive, me voilà postée sur le trottoir de mon avenue Lacombe, à guetter le visage des conducteurs qui sillonnent ma rue. Il n'y a jamais eu autant de voiture. Il est de ces minutes tellement longues qu'on croit bien que le Temps se fiche de nous. Finalement, c'est dans une Dodge Avenger gris acier de Super-Héros que les géniteurs se garent avec panache devant ma nouvelle maison. A la fois épuisés du voyage et contents d'être là, ils sortent, sourire au lèvres, yeux fatigués. Mes parents sont là, et c'est comme une erreur dans le paysage, comme un nouveau jeu de magazines pour la plage « Trouvez les 7 différences ». A ce moment, le monde me semble tout petit. Les distances n'existent plus. Mes parents me rendent visite au Québec. De nouvelles perspectives s'offrent : il s'agit de leur faire saisir Montréal, ville tentaculaire, très vite.

Et rapidement, comme si leur présence entière devenait une madeleine de Proust, on redevient enfant et on décide de profiter du fait que notre mère nous voie encore comme un bébé. On déballe les cadeaux, le corps mué par l'adrénaline. Et on planifie, on raconte, on rit, comme s'il fallait rattraper une vie entière. C'est cela en somme : une autre vie à partager.

Bref, mes parents sont venus me voir au Québec.