
Il existe, dans le dowtown montréalais, un de ces lieux si particuliers dont on se dit qu'il faut y aller une fois dans sa vie. C'est le cas du bar « Les Foufounes électriques ». Passée la quarantaine, le nom a tendance à électriser l'oreille. Et elle a bien raison. Mes comparses de crime, Alison et Cloé, m'ont joyeusement traînée dans cet endroit de débauche où l'on incite à la consommation d'alcool et au tympan crevé. C'est donc avec délectation que je les suis, un jeudi soir, jour de sortie pour les québécois. Notre ribambelle de filles, grinçantes à souhait, arrive sur Sainte-Catherine dans la joie et la bonne humeur. Une fois parvenues à « the place to be », contrôle des passeports et de notre âge. Il ne faudrait pas que l'on puisse consommer d'alcool si nous n'avons pas dix-huit ans. Une fois entrée, mes oreilles sont mises à rude épreuve. Les riffs de guitare électrique font pulser les enceintes à un rythme auquel, j'espère, mon cœur ne battra jamais. Mais mon ouïe n'est pas le seul de mes sens à être sollicité. En balayant la salle, mes yeux tentent de définir le lieu dans lequel je me trouve. A mi-chemin entre un train fantôme, une salle de concert et un bar, voilà où se situait cet endroit. Derrière le bar, des serveurs tatoués et percés « jusqu'aux dents », aux murs sont accrochés de nombreux tableaux dont le dénominateur commun est une inquiétante étrangeté lynchéenne. Les spots rouges, seules lumières qui éclairent le bar, baignent d'un halo étrange les visages de mes amies. Après avoir commandé un pichet de bière, nous nous dirigeons vers les terrasses chauffées, elles aussi éclairées de rouge. Au passage, je découvre le gardien des toilettes : une énorme tête d'élan au regard acide, décorée de guirlandes rouges, accrochée au dessus du couloir et cernée par de nombreux tags. Une fois assise, je remarque que chaque table est unique, toutes sont décorées avec des flyers, de vieux vinyles de groupes de rock, certaines ont même été brûlées afin de faire « buller » la peinture. Assis dehors, la musique est moins lourde dans nos oreilles, les langues se délient. Je ne peux m'empêcher de remarquer l'ambiance si particulière autour de moi. Je suis toujours à Montréal, l'architecture me le rappelle : escalier spirale en dehors d'un immeuble à briques rouges bien que tagué allègrement. Mais sur les murs qui cernent la terrasse du bar, on a accroché de grands masques qui évoquent des tribus d'Afrique ou de l'océan Indien. Dans le ciel, des rais de lumière s'affolent et s'entrechoquent. Autour de nous, les gens se multiplient, des amis arrivent, accompagnés de nouveaux amis qui ont amené d'autres amis. Montréal a tellement de choses à offrir, de rencontres à créer. Au fil de la soirée, les discussions se densifient, cela peut passer des plus belles scènes d'amour dans le cinéma, à la question de savoir si oui ou non Di Caprio est un bon acteur mais aussi au manque de vrai fromage au Québec et à la place de la licorne dans la société moderne. Aux alentours d'une heure du matin, après avoir observé un punk étrange se vomir dessus, il semble bon de se mettre sur le chemin du retour. En retraversant le bar, la population avait triplé. Nous jouons des coudes pour nous extirper de la marée humaine qui envahit l'espace. A la sortie, une longue file d'attente s'est entassée, les premiers se faisant refouler, nous n'avons que peu d'espoir pour ceux qui suivent. A la Carrie Bradshaw, Alison attrape un taxi pour nous ramener à bon port. C'est à cinq filles que nous nous sommes engoncées dans la voiture de manière illégale. Précautionneux, le taxi nous prévient des détours afin d'éviter la police. Tout en gardant un œil sur le chauffeur, je parle fripes avec mes nouvelles amies, car les vraies filles ne parlent de rien d'autres que de fringues lorsqu'elles rentrent de soirée, quelque peu joyeuses. Saviez-vous qu'il existe à Montréal une friperie qui consiste en un grand bac de vêtements dans lequel il faut se plonger physiquement pour aller à la pêche au pull à 1$ ?
Après cette soirée, ainsi que d'autres, je suis parvenue à une conclusion. J'ai toujours cru que j'avais en moi une forme de folie lourde et inconvenante. J'ai toujours cru que mon humour n'était pas adapté et qu'il ne faisait rire que moi (ainsi qu'un noyau de personnes très restreint que j'ai réussi à former après de nombreuses années de labeur). Je m'étais trompée, je n'avais juste pas rencontré les bonnes personnes. Ma folie est douce et elle est présente dans chacune des personnes que je rencontre ici. Cette forme de détachement de soi-même et d'abandon de son amour propre pour se noyer dans un océan de rires et de baume au cœur. Et malgré tout, malgré ce besoin de rire et de se donner en spectacle, malgré les piques sarcastiques qui sont devenues notre marque de fabrique, il y a toujours la place pour la connaissance de l'autre, pour l'écoute de l'autre. Au milieu des boutades et des calembours se glissent de véritables conversations. Il s'agit de refaire le monde ensemble, au sein de cette expérience fantastique. Il s'agit de s'apprendre les uns les autres. Nous y arrivons, je crois.
Tout ça pour dire qu'on a un humour gras. Ben merci, merci bien. Sympa.
RépondreSupprimerQuand t'auras écrit un article en mon honneur tu pourras blablater, vilaine fille.
RépondreSupprimerTant de mots pour tant d'amour... Ca aurait été bien beau s'il n'avait pas s'agit de bière et de boutade.
RépondreSupprimerLes alexandrins en ton honneur arrivent à grands pas, cesse donc.