
Une des principales choses que l'on apprend dans un échange universitaire, c'est évidemment le fonctionnement d'une faculté étrangère. On pourrait imaginer qu'entre le système universitaire québécois et le système universitaire français la différence est minime. Ce n'est pas réellement le cas. Les Etats-Unis ont bien fait leur travail d'influence et notre université, l'UdeM, s'inscrit bien dans un schéma nord-américain. On ne le répétera jamais assez, le seul rapport réel que la France ait avec le Québec, c'est la langue, et encore, cela peut être soumis à réflexion.
En soi, vous êtes là pour apprendre et travailler, vous rendez des devoirs, êtes évalués puis diplômés évidemment cela ne change pas. Malgré tout, la manière d'apprendre et d'enseigner est différente.
Le rapport au professeur n'est pas le même pour commencer. A la Sorbonne, je me sens obligée d'être en adoration devant mes maîtres, je leur dois fidélité, passion amour et déférence pour le reste de ma vie. Je dois être reconnaissante que ces dieux vivants acceptent de respirer le même air que moi, impie qui ne sait citer les vers d'Horace par cœur. En latin. Puis traduits en grec. Ben oui, désolée de n'être qu'une simple mortelle. Ici au Québec, le rapport au professeur est bien plus fluide et dénué de toute fioriture, de tout protocole. Si le professeur n'a pas encore corrigé vos copies parce qu'il a pris du bon temps pendant les vacances, il se contentera de vous envoyer un mail pour vous le dire. Pourquoi faire compliqué ?
En France, on attend de vous que vous soyez cultivés, que vous sachiez. Les universitaires partent du principe simple que vous avez LU, que vous avez COMPRIS. La Poétique d'Aristote, la théorie des Correspondances, et pourquoi pas la quadrature du cercle, tout cela n'a pas de secret pour vous, puisque vous êtes l'élite de la France. Puisque ces bons élèves français ont lu et savent, autant leur donner à manger des cours si précis qu'ils ne leur serviront à rien à part nourrir leur intellect à l'ego déjà surdimensionné. Non pas que je n'apprécie pas avoir des cours avec un intitulé précis, ni que je dénigre l'enseignement que j'ai reçu, loin de là. Il me permet d'être efficace, concise s'il le faut tout en étant capable de développer mon point de vue de manière structurée. Tout cela, je l'ai acquis, cela m'appartient. Ici cependant, c'est différent. On n'attend pas de vous que vous sachiez par avance ce sur quoi vous allez travailler. On part du principe que vous allez faire une découverte, et on compte sur votre voracité littéraire pour avaler tout ce qu'on vous offre à ingurgiter en un semestre. Cette manière de voir les choses allonge les bibliographies, certes. Je n'arrive toujours pas à trancher sur ces deux méthodes.
Autre chose qui diverge, l'université québécoise laisse la part belle à l'oral, aux exposés. Je sais que Paris-IV règne sur une politique de l'écrit, ce qui m'a permis de passer à travers mon Master 1 sans jamais prendre la parole en public. Ici, pas d'échappatoire, l'oral c'est un quotidien, qu'on le veuille ou non. Les québécois brillent par leur aisance à l'orale. Je suis toujours étonnée de leur capacité à exposer leur sujet sans leurs notes. Personnellement, je m'y accroche toujours comme une moule à un rocher, même si j'en lève les yeux le plus souvent possible. Mais je vais devoir changer cela. Pour un de mes cours de séminaire, une des évaluations sera l'organisation d'un colloque. Un COLLOQUE. A la Sorbonne, je n'y suis même pas conviée en tant qu'auditrice, alors me donner la parole...
L'université québécoise semble avoir bien plus confiance dans le potentiel de ses étudiants. Même si le fond ne va pas toujours être à la hauteur de mes espérances, une forme de sérénité règne dans ces murs, c'est apaisant. Pas de politique de l'excellence, du standing, on sort du nec plus ultra véhiculé par la Sorbonne. Et juste une minute, le temps de reposer un peu ses méninges, cela fait du bien. J'aime mon université française, je suis fière d'y étudier et d'en être probablement diplômée d'ici quelques mois. Mais voir autre chose m'a permis de comprendre que pousser à l'excellence et à l'élitisme n'était pas toujours la recette du succès.
Il est joli, le cadre vert autour de ta photo. Ca me rappelle Cholet tiens.
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