lundi 23 janvier 2012

Québec (QC)

Il est là, ce moment que j'avais tant attendu. Celui où mon Homme me rejoindrait à l'autre bout du Monde. A l'aéroport, je frétille, je me dandine en m'agrippant au panneau qui porte son nom, confectionné par mes soins pour « faire comme dans les films ». J'aurais pu me cacher derrière et me découvrir sensuellement à son arrivée, mais j'ai préféré l'attitude bien plus séduisante de groupie enragée prête à passer au dessus des barrières de sécurité pour lui sauter dessus.

Quelques jours plus tard, départ en amoureux pour Québec. Reniant notre syndrome de Peter Pan, c'est comme des grands, encore une fois, que nous louons une voiture, un énorme 4x4 Jeep absolument inapproprié à la situation, mais après tout c'est ça aussi l'Amérique du Nord. Aux grands territoires, les grosses voitures. Après quelques réglages nécessaires pour gérer la pédale de frein sur une automatique sans que j'aille me cogner le front sur la boîte à gants, mon homme est prêt à affronter les longues routes canadiennes qui mènent jusqu'à Québec.

Trois heures plus tard, nous voilà arrivés. Notre hôtel, que nous avons sélectionné pour sa situation dans le Vieux-Québec, est un vieux bâtiment, ce qui est rare ici au Québec. Effectivement, plancher penché, portes qui forcent à courber l'échine, murs qui rendraient fou un niveau de maçon : un vieil immeuble comme on les aime.

La balade nocturne qui s'ensuit dans les petites rues pavées et au pied du château Frontenac est bien vivifiante : le froid me mord les os, le vent me fige le visage. Nos pulsions récentes d'artistes photographes nous poussent cependant à forcer le masochisme et à rester sur la jetée, immobiles, trépied en main, pour prendre la photo de l'année. Vu le résultat, ça ne valait pas le coup de perdre trois doigts.

Puis la curiosité prend le pas sur la morsure du froid. Québec a du charme. Ses petites ruelles, vides à cette heure-ci, ont de quoi vous transporter. Les cours de littérature et voyages ne sont pas tombés dans l'oreille d'une sourde : en voyant le port, en foulant le sol du Petit Champlain, elles me reviennent toutes ces histoires de voiliers et de découverte du Saint-Laurent et du Nouveau Monde. Dans mon esprit s’enchâssent des cartes du monde vieillies, approximatives ainsi que des extraits de Pocahontas. Je manque un battement de cœur, comme à chaque fois que je prends conscience de l'Histoire. Celle de ce pays est intrinsèquement liée au passé du mien. Cela se sent bien plus au pied des immeubles étriqués de Québec que dans le cœur de Montréal, entourée par les buildings rutilants. Malgré des rues passantes rongées par le tourisme, Québec semble avoir conservé son âme, profondément marquée par l'Europe.

Après une nuit dans notre hôtel bancal et un petit déjeuner avec des croissants bien français, l'Homme et moi reprenons la voiture pour aller jusqu'aux chutes du Montmorency, spectacle vertigineux. Même si ces chutes sont plus hautes que celles du Niagara, ces milliers de litres d'eau qui se déversent presque sur l'autoroute quittant Québec ont ce goût amer d'une nature muselée et maîtrisée par l'homme... Le spectacle en hiver doit être joli cependant, lorsque l'eau cristallise et qu'au pied du manteau de glace qu'elles forment s'accumule une petite montagne de neige : le pain de sucre.

De Montréal à Ottawa, d'Ottawa à Québec, il est frappant de constater à quel point chacune de ces villes canadiennes est différente. Les espaces urbains américains semblent ne proposer que gratte-ciels qui tendent leurs bras d'acier et de verre vers un ailleurs qu'ils n'atteindront jamais. Et si une tour se démarque des autres, elle ne reste qu'une tour de plus qui n'ira jamais plus haut que les nuages. Les trois villes que j'ai visité semblent avoir gardé quelque chose de plus, une spécificité qui fait leur essence. Je croise les doigts pour qu'elles ne la perdent jamais.















2 commentaires: