Il est difficile d'agir en touriste dans une ville que l'on va fréquenter pendant un an. Nous sommes à mi-chemin entre le touriste claquettes-chaussettes avec son appareil autour du cou et le montréalais qui arpente les rues d'un air dédaigneux. A Paris, il était devenu facile de détester les touristes. Ceux qui ne comprennent pas « tenez la droite » sur les tapis roulants, qui bondent les rames de métro, qui envahissent le parvis de Notre-Dame, qui prennent tout et n'importe quoi en photo, vous y compris, tous ces amateurs de porte-clé Tour Eiffel et autres T-shirts I love Paris ainsi que ceux qui, envahis par l'originalité, posent en tenant leur main comme un plateau, de manière à ce que le Sacré-Coeur ait l'air posé au ceux de leur paume. Me laissant transporter par la rage typiquement parisienne qui survient face à ces personnes là, j'avais l'habitude de laisser les traits de mon visage communiquer le dédain que j'avais pour cette tripotée d'être humains en short et lunettes de soleil. Ici, évidemment, tout a changé, car c'est moi la touriste avec l'appareil autour de cou.
Dimanche, grande « fin de semaine » de Grâces, j'ai donc pris mon short, mon appareil photo, mes tongs et mes lunettes de soleil pour partir à la conquête de l'Île Ste-Hélène avec Cloé. Après moult pérégrinations dans les transports en commun montréalais indubitablement vides, nous arrivons sur la fameuse île, près de la Biosphère. Le but de l'expédition : visiter le parc Jean Drapeau, arpenter les berges du St-Laurent, et éventuellement tirer de cette balade quelques clichés qui feront, nous en sommes sûres, la fierté de nos géniteurs outre-Atlantique.

Après quelques minutes de marche, nous voilà déjà sur les bords du St-Laurent. La légende ne mentait pas, le bleu du St-Laurent est bien particulier. A ce moment précis, il nous est impossible de parler réellement à part par borborygmes. Partant du bleu-vert du St Laurent, les arbres étendent leurs branches peuplées de feuilles aux multiples couleurs vers le bleu vif du ciel dégagé. Le jaune, le rouge, le vert et l'orange s'entremêlent dans un savant ballet. En nous retournant vers le centre de l'île, les arbres continuent à jouer de leurs charmes : l'herbe verte et parfaitement entretenue ajoute une couleur au tableau. Les cliquetis des appareils fusent et s'entrechoquent, suivis de soupirs de déception. Il est impossible de retrouver sur les écrans de nos appareils les couleurs que nous voyons. Une pâle copie de la réalité comble l'espace de ma carte mémoire.
Décidant de ne plus suivre les sentiers battus, Cloé et moi, nous sachant près du pont Jacques Cartier, cherchons avidement les petits chemins qui nous permettraient d'avoir des angles de vue sympathiques. Nos pas nous mènent sur les berges rocheuses du fleuve et nous nous installons tranquillement sur les pierres polies par l'eau. La vue est magnifique, d'un côté le pont Jacques Cartier, couleur statue de la Liberté déroule ses suspensions. De l'autre, le downtown montréalais fait scintiller ses gratte-ciels. Elle était là, cette vue que j'attendais depuis le début. Cette vue qui me semble si particulière à moi, européenne qui n'aime que les vieux immeubles tarabiscotés et les venelles sinueuses.
J'aime Paris depuis Montmartre, j'aime ses toits tout gris, ses immeubles en pierre de taille, ses ruelles qui disent merde aux angles droits. Mais j'aime aussi les lignes droites et les buildings de Montréal, le dépaysement est total. Le silence règne, les appareils déclenchent. Le soleil nous dore la peau, nous trempons les orteils dans le Saint-Laurent, mais pas plus car après tout c'est peu hygiénique, c'est juste pour pouvoir dire dans les mails à la famille qu'on a fait trempette dans le fleuve mythique. Il est plutôt amusant de regarder ce skyline qui, quand on s'y trouve, est un énorme tumulte de voitures, piétons, gratte-ciels étouffants mais qui, vu de loin, semble immuable et statique. C'est calme ici, on peut entendre les petites vagues s'éclater sur les rochers. Le soleil fait briller l'eau, il fait bon vivre.
Après notre repos de guerrier, nous repartons vers le centre de l'île. Les plans d'eau bucoliques se succèdent dans le jardin qui recouvre l'île, nos mirettes s'écarquillent devant le mélange des couleurs automnales. « C'est comme je l'imaginais, on m'avait pas menti ! ». La journée passe, le soleil commence à taquiner l'horizon. Nous décidons de retourner à pied sur l'île de Montréal : après multiples détours nous réussissons à monter sur un pont qui nous ramène tant bien que mal sur le Vieux Port. Une des balades les plus mal organisées de ma vie qui nous a fait visiter des endroits qui n'apparaissent pas dans les livres touristiques. Et comme d'habitude, ce sont ces histoires ratées que l'on raconte toujours le plus. Malgré tout, l'arrivée au Vieux Port se fait de nuit, nous sillonnons les ruelles du « Vieux Montréal ». Il faut bien être québécois et vivre dans un pays jeune pour appeler cet endroit le « Vieux Montréal ». Mon âme d'européenne s'attendait à des ruelles étroites au pavé irrégulier, à des bâtiments en pierre aux fenêtres carrelées et à de grandes portes en bois. Que nenni, même si la route est pavée, il est évident que le Vieux-Montréal n'est pas si vieux que ça avec toutes ses boutiques rutilantes et ses restaurants bien proprets. D'ailleurs, ici le plus vieil immeuble date du XVIIIème siècle. Un léger sourire se dessine sur mes lèvres alors que je foule ce sol pour la première fois. Mon âme est bien trop vieille et attachée à l'Europe pour trouver du charme réel à ce petit quartier. Malgré tout, j'apprécie la ponctuation finale de cette journée découverte. Merci Montréal, malgré ta jeunesse, tu sais me vendre du rêve.


Jolies photos mon amie (:
RépondreSupprimerCa valait bien le coup d'attendre, ma foi !
C'est la biosphère, pas le biodôme. Patate.
RépondreSupprimerAHA, je sais jamais, c'est horreur.
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